La 450 Honda

Vers six heures du soir, quand les usines et les bureaux amenaient du monde sur le boulevard, le fils Dubourg sortait la 450 Honda sur le terre plein. Et devant les badauds, il prenait un air solennel pour effectuer les différentes manœuvres de mise en route : essence, contact, les voyants s’allumaient. Starter sur le côté des carburateurs, une légère pression du pouce et le moteur démarrait dans un bruit métallique, puis montait en régime avec le son envoûtant d’une moto de course. Il coupait alors le contact pour refaire la même démonstration, en appuyant sur le bouton du démarreur avec le bout de l’index. Le moteur repartait instantanément.
C’était magique !
Des badauds médusés passaient leur chemin en hochant la tête, d’autres posaient des questions : la vitesse ? Le prix ? Il y avait toujours quelqu’un qui demandait :
-Mais le démarreur, ça doit tirer sur la batterie ?
-A peine ! marmonnait le fils Dubourg, l’air de celui qui s’y connaît, mais ne peut en dire plus.
-Et alors, à quoi il sert le kick ? interrogeait un autre.
-A rien ! répondait-il, l’air de celui qui en a déjà trop dit !
Puis, sans dire un mot de plus, il rentrait la moto dans la boutique, la replaçait sur son socle et lustrait les chromes avec une peau de chamois.

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